Émotion liquide

Il y a deux ans, alors étudiant à l'ETPA de Toulouse, je concevais une grande partie de mon projet de fin d'études en photographie grâce au procédé de l'émulsion liquide argentique. C'est un projet que je n'ai encore jamais publié, car je souhaitais d'abord en faire une exposition. Par manque de temps, ce projet est encore en pause.


Cette technique de tirage photo permet de fixer au pinceau des images en noir et blanc sur n'importe quel support : bois, verre, céramique, plastique, carton, etc.

J'avais, à l'époque, documenté en vidéo quelques étapes de mon projet, car j'avais dû apprendre cette technique seul, faute de ressources assez précises en dehors de la notice.

Le confinement aidant, j'ai déterré de mes disques durs l'ébauche d'une vidéo, je l'ai montée et animée aujourd'hui afin de partager ma méthode et faire découvrir, pour les personnes qui n'y ont jamais mis les pieds, les coulisses d'un laboratoire argentique. Pour voir le résultat, c'est en fin de vidéo !

Pour la petite histoire, les photos ont été prises à la chambre photographique, un appareil datant du XIXème siècle. Mais c'est une autre histoire...


Modèles photo : Héloïse Raynaud, Nicolas Breger, Benjamin Huynh


Dans cette vidéo, vous avez un aperçu des étapes que j'ai suivi pour des tirages en émulsion liquide, que vous retrouvez ici si vous souhaitez tenter l'aventure. N'oubliez pas de vous munir d'un équipement de sécurité (gants, masque à haute filtration des solvants, gants résistants à la corrosion, blouse).



Je vous joins également la notice du fabricant TETENAL de l'émulsion WORK, qui précise notamment quelles chimies utiliser et leurs proportions :


1) Tout d’abord, on fait chauffer l’émulsion au bain-marie entre 40 et 45°C, durant 30 minutes pour une liquéfaction partielle, et 50 minutes pour une liquéfaction totale.



2) Avant la première application, il faut porter le support à la même température que l'émulsion, en le réchauffant légèrement au sèche-cheveux. Cela permet d'éviter un choc thermique. L'émulsion est en effet extrêmement sensible aux changements de température brutaux.



3) Personnellement, j’ai choisi de l’appliquer au pinceau plat et doux en deux couches successives afin d’obtenir des noirs profonds. Certains supports, les plus lisses, demanderont une préparation par abrasion ou application par immersion (que je ne conseille pas si vous avez un budget serré). Je n’oublie pas de réaliser des petits bouts d’essai qui me serviront à tester la densité de mon tirage avant de réaliser la pièce définitive.



4) Entre chaque couche, il faut patienter 24h. Pour cela, j’entrepose mes supports dans des boîtes hermétiques à la lumière. Sinon, on peut aussi passer un sèche-cheveux à faible puissance et sans chauffage, durant 30 minutes.



5) Tout d’abord, je cherche le temps de pose idéal avec mes bouts d’essai. Une fois que je suis prêt, je réalise mon tirage définitif, avec presque les mêmes étapes de développement que pour un tirage noir et blanc classique.



Le révélateur à 20°C est tout d’abord appliqué par pulvérisation, en prenant garde à ne pas le pulvériser en direction du visage. Pour moi, cette étape était plus rapide que prévue (environ 1 minute contre 3 indiquées).



6) Le support est plongé délicatement dans le bain d’arrêt à 20°C auquel est ajouté quelques millilitres d’agent tannant, afin que l’émulsion ne s’effiloche pas.



7) S’en suit un premier lavage très court de 20-30 secondes à l’eau courante, entre 10 et 20°C.



8) Puis le support est plongé dans le fixateur à 20°C durant 3-4 minutes.



9) On lave de nouveau à l’eau courante durant 20 à 30 minutes, sans que le jet vienne soulever l’émulsion qui est très fragile.



10) Ensuite, j’ai observé qu’il était indispensable de réaliser un séchage dans le noir complet ou sous lumière inactinique, car à la lumière, l’émulsion mouillée forme des réticulations qui brouillent l’image.



11) Pour finir, selon les supports, j’ai choisi de poser un vernis Art en spray, en faisant des tests sur mes bouts d’essai : le vernis mat est privilégié pour éliminer les reflets, donc sur les matières présentant des aspérités (bois, carton, textile, papier, porcelaine ...), et le vernis brillant est privilégié pour les matières lisses pouvant avoir des reflets (PVC, métal laqué, verre, céramique, ...)